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Le Blog de la porte des larmes | |
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Il faisait trÚs noir lorsque Hussein réveilla Igricheff. Il lui apportait, dans un pot d’argile, du café léger et âcre, fait avec les écorces des grains, car les hommes qui cultivaient, sur les terrasses des djebels, le meilleur café du monde, ne pouvaient, dans leur misÚre, l’employer àleur propre usage. Igricheff avala le breuvage d’un trait, pour sa chaleur, et dit : - En route. Joseph Kessel, Fortune carrée |
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Avant l’indépendance : Avant la colonisation, le peuple somali n’avait jamais été rassemblé au sein d’un Etat territorial même si plusieurs parties du territoire occupé par les Somali ont été rattachées au royaume éthiopien d’Aksoum entre les IIe et VIIe siècle de notre ère. Un tel regroupement était rendu difficile par le nomadisme d’un peuple essentiellement pasteur, l’indépendance des tribus soudées par de vigoureux liens de parenté et par la fréquence de guerres et de razzias intertribales. Les Somali sont en effet divisés en cinq grandes confédérations claniques (Darod, Dir, Issak, Hawiyé et Sab), elles-mêmes subdivisées en clans et sous-clans, éclatés en sous-groupes, composés de familles, etc. On dénombre plus de trente entités claniques d’importance.
Mais ce genre de vie même formait, avec la communauté de la langue (le Somali, langue couchitique) et une islamisation assez précoce (chaféite), due à l’installation de tribus arabes eu VIIe siècle, le long de la côte du golfe d’Aden et autour de Zeylah où ils fondèrent un sultanat, les principaux éléments d’un sentiment collectif de type national. Or, l’histoire du peuple somali est avant tout celle d’une lente diffusion, à partir des rivages du golfe d’Aden, vers l’ouest et le sud. La poussée vers l’ouest, commencée dès le XVIe siècle, se stabilisa rapidement le long du plateau éthiopien. Vers le sud, le mouvement ne prit de l’ampleur qu’au milieu du XIXe siècle et a continué jusque vers 1920 : les Somali pénétrèrent dans l’Ogaden, concurremment aux troupes éthiopiennes, et s’enfoncèrent jusqu’à la rivière Tana, aujourd’hui au Kenya.
Les puissances coloniales se partagèrent la Corne de l’Afrique sans tenir compte de ce fait, ce qui explique que les Somali soient divisés entre la Somalie, Djibouti, le Kenya et l’Ethiopie. La question des Somali vivant en Ethiopie est restée en suspens jusqu’en 1955. Les Britanniques et les Italiens avaient obtenu le droit pour leurs sujets somalis de nomadiser dans le Haud et l’Ogaden éthiopiens. Ce fut d’ailleurs un incident le long de cette frontière mouvante qui donna à l’Italie fasciste le prétexte pour envahir l’Ethiopie. L’empereur Hailé Sélassié profita de sa collaboration avec les Britanniques pendant le Seconde Guerre mondiale pour leur arracher l’accord de 1942 qui aboutit, après de longues tractations et malgré les protestations somaliennes, aux annexions successives de l’Ogaden et du Haud par l’Ethiopie entre 1946 et 1955.
La colonisation des territoires somalis par la Grande-Bretagne et l’Italie n’a pas laissé d’empreintes profondes. Au milieu du XIXe siècle, les Somali étaient intégrés à l’économie de traite de l’Océan Indien et vendaient viande, cuirs et peaux aux colonies européennes ; les bénéfices étaient investis dans des plantations de coton exploitées par des esclaves achetés à Zanzibar et dans les tissages établis dans les ports. L’arrivée des produits européens, l’interdiction de la traite, les raids éthiopiens provoquèrent le déclin de cette économie alors que la Corne prenait un intérêt stratégique avec l’ouverture du canal de Suez en 1869 et l’installation de la Grande-Bretagne à Aden, au Yémen, en 1839. Pourtant, les Européens hésitèrent encore vingt ans avant de pénétrer l’intérieur désertique d’une péninsule inconnue et peuplée de guerriers farouches, et leur présence se limita à quelques comptoirs. Soucieuse d’éviter une implantation française ou allemande, la Grande-Bretagne se résigna à fonder la colonie du Somaliland, reconnut Obock à la France en échange de Zeylah et céda à l’Italie le Benaadir, sur lequel le Sultan de Zanzibar avait des prétentions. Entre-temps, les Turco-Egyptiens avaient occupé, à partir des années 1870, certaines villes de la côte avec leur hinterland immédiat, région qu’ils abandonnèrent en 1882. La pénétration du territoire résulta moins d’une volonté délibérée que de l’engrenage des guerres que livra, à la tête des derviches, Mahamed Cabdille Hasan, le « Mad Mullah », jusqu’à ce que la maladie l’abattît, en 1921. Un partage s’ensuivit, auquel participa l’Ethiopie, établie au Harar, et qui fut ignoré des nomades. Dès lors, deux politiques coloniales d’inégale ambition se distinguèrent : pour l’Angleterre, le Somaliland, protectorat britannique proclamé en 1887, était l’arrière-cour d’Aden ; pour l’Italie, la Somalia était une colonie de peuplement autour des plantations de bananiers et de cotonniers du Jubba et du Chébéli, et la base d’une revanche contre l’Ethiopie.
L’Afrique orientale italienne puis, après la défaite de l’Italie, la British Military Administration, réunirent les Somali, hormis ceux de Djibouti, dans un même ensemble politique. Le Foreign Office, artisan d’une Grande Somalie sous sa tutelle, échoua devant l’opposition de l’Ethiopie, de la France et de l’URSS, et les Nations Unies confièrent à l’Italie un mandat de dix ans sur son ancienne colonie. Quand vint l’indépendance, en 1960, la Somalie ne comprenait que la Somalia et le Somaliland, qui vota majoritairement contre la constitution unitaire du nouvel Etat.
Après l’indépendance : La République de Somalie, indépendante depuis 1960, fut dirigée jusqu’à 1967 par le président Aden Abdullah Osman Daar, puis par l’ancien premier ministre Ali Shermake mais tomba très vite dans des querelles politico-claniques qui durèrent jusqu’à la « révolution d’octobre » 1969 et l’arrivée au pouvoir du général Syad Barré, chef de l'armée, qui assassine Ali Shermake le 15 octobre 1969. Siyad Barré est un Darod issu de la tribu maheran. Conscient des divisions de son pays, il entreprend une puissante politique de détribalisation. Pour tenter de venir à bout de ce qu'il considère comme un fléau, il lui trouve un dérivatif : le nationalisme somalien. Celle-ci annonce la rupture avec le capitalisme, le parlementarisme et l’alliance à l’Ouest. Avec Siyad Barré, la Somalie, qui jusque-là a été pro-occidentale, se tourna vers le bloc soviétique désireux de prendre pied dans cette zone géographique stratégique. Tandis que des experts des pays de l’Est prenaient en charge l’armée et la police et que Berbera devenait une base navale soviétique, on taillait de grandes fermes d’Etat mécanisées et l’on astreignait les ruraux à un pesant système de livraisons obligatoires. Le régime lança une « révolution culturelle » : on bannit les clans et les pactes entre les fractions au nom de la « détribalisation » et on mobilisa les étudiants, invités à enseigner le somali, nouvellement écrit en caractère latins. Ces mesures « laïques » soulevèrent les protestations des religieux, que le pouvoir réprima par des exécutions.
La République de Somalie réunissait à peine plus de la moitié des populations somali. Le pansomalisme, idéologie visant à regrouper dans un même Etat toutes les populations Somali de la région, a été d’abord dirigé contre le Kenya, puis l’Ethiopie avec les incursions périodiques du Front de libération de la Somalie occidentale (FLSO), accessoirement contre la République de Djibouti. La France est intervenue militairement en février 1976 pour contrer l’irrédentisme somalien qui s’appuie sur l’ethnie Issa. Depuis l’accession à l’indépendance de Djibouti, le 27 juin 1977, elle maintient une présence militaire sur place pour protéger sa neutralité dans le différend somalo-éthiopien. Tant en 1966 qu’en 1973, les tentatives de médiation de l’OUA se révèlent inopérantes. La Somalie est intervenue également en soutien au séparatisme érythréen.
Le régime signe avec l’Union soviétique un traité de coopération en juillet 1974. Syad Barré bénéficie parallèlement de la neutralité américaine et de la sympathie de nombreux pays arabes. Cette situation permet au FLSO d’intensifier son action au printemps 1977, pour déboucher sur la conquête de la quasi-totalité de l’Ogaden et la mise en place d’une administration autonome.
C’est à ce moment que l’Union soviétique révise son système d’alliance et décide d’apporter désormais son soutien au lieutenant-colonel Mengistu, nouveau maître de l’Ethiopie depuis février 1977. L’aide militaire soviéto-cubaine (15 000 volontaires cubains assistés de forces sud-yéménites) mise en place permet d’enrayer l’offensive en Ogaden. La guerre dure encore une décennie, compliquée par une série de famines et de dramatiques mouvements de réfugiés (dont environ 500 000 habitants de l’Ogaden réfugiés en Somalie et à Djibouti). La Somalie était perçue par l’URSS comme un allié peu discipliné, accessible à l’aide chinoise et saoudienne.
En 1978, la Somalie vaincue se trouva ruinée et sans tuteurs : sollicités, les Etats-Unis et les pays européens intervinrent ponctuellement, chargeant les ONG des réfugiés et le FMI de la dette, l’une des plus fortes du monde par habitant. La Somalie libéralisa alors son économie, renonça aux grands projets et liquida les organismes para-étatiques, dont les dépouilles grossirent les biens des parents du président. La défaite et la crise réactivèrent les clivages ethniques, qui devinrent, outre un système de gouvernement, le canal de la redistribution de l’aide internationale. Le clan Darod, celui de Syad Barré, retrouva sa position dominante et les clans du Nord (Issak et Midjertin) exclus, s’allièrent aux Ethiopiens qui soutenaient le Mouvement national somalien. La Somalie, dans une situation économique critique, se rapprocha des Etats du Golfe et de l’Arabie, marché tout proche pour ses produits et pour ses jeunes travailleurs.
En 1981, le Somali Salvation Democratic Front (SSDF), émanation des Darod Midjertin en lutte contre le pouvoir est rejoint par le Somali National Movement (SNM), constitué par les Issak (résidents dans le nord-ouest du pays, le Somaliland), eux aussi épaulés par le gouvernement éthiopien. Dans les années 80, chaque clan constitue son front de libération et le pays est totalement déstructuré au début de l’année 1990, alors que les combats se sont étendus à l’ensemble du territoire.
La chute du président Syad Barré intervient le 27 janvier 1991, avec la prise du palais présidentiel à Mogadiscio par les Hawiyé du général Mohamed Farah Aïdid qui contraint le dictateur à l’exil. A partir de février 1991, les clans Hawiyé se livrent à une lutte fratricide, après que le général Aïdid se fut écarté du pouvoir. Les Issak proclament alors l’indépendance unilatérale du Somaliland le 18 mai 1991, précipitant le chaos. Cette situation va inciter les Américains à déclencher, à partir du 9 décembre 1992, l’opération Restore Hope, à la suite d’une gigantesque campagne médiatique mondiale. Le 4 mai 1993, les Nations unies, après une première expérience malheureuse (Onusom I) prennent le relais des Etats-Unis, avec une force de 28 000 hommes (Onusom II). La situation se dégrade entre forces onusiennes et milices tribales, ces dernières cherchant à tirer profit de la situation. Les contingents de l’ONU se retranchent dans leurs campements jusqu’au 6 mars 1995 où les derniers casques bleus sont évacués. Dans le Somaliland, après de nombreux affrontements entre les Dir, Darod et Issak, la situation se stabilise à la fin 1995. Trois zones se dégagent alors : le Somaliland, qui tente de faire reconnaître son indépendance par la communauté internationale, le Puntland, voisin du Somaliland, qui émerge à l’été 1998, et le sud du pays avec Mogadiscio, où continuent de régner les chefs de guerre.
Différentes tentatives de créer un Etat fédéral échouent. L’Ethiopie, qui entre en guerre contre l’Erythrée en mai 1998 se désintéresse du dossier somalien. Au printemps 2000, le nouveau président djiboutien, Ismaïl Omar Guelleh organise une conférence de réconciliation somalienne. Une Assemblée nationale de transition est élue et nomme président du gouvernement national de transition (le GNT), Abdulkassim Salat Hassan. De nombreux chefs de guerre ne se sont pas rendus à Djibouti, ni le Somaliland. Le nouveau gouvernement s’installe cependant, appuyé sur les milices des tribunaux islamiques, et obtient une certaine reconnaissance internationale.
L’Egypte et les autres pays arabes soutiennent le projet d’une Somalie unitaire, tandis que l’Ethiopie, de retour après le règlement du conflit avec l’Erythrée à l’été 2000, est favorable à une Somalie fédérale.
A partir de l’automne 2001, la situation est bouleversée par la lutte antiterroriste. Le mouvement somalien Al-Ittihad al-Islami se trouve accusé d’être un relais d’Al-Qaïda, ce qui discrédite le GNT, suspecté de sympathie à l’égard des mouvements islamiques radicaux et favorise l’implantation américaine dans la région. Suite à de longues tractations, un processus politique est lancé durant l’été 2004, avec mise en place d’un Parlement réparti en fonction des structures claniques, la désignation du président de la République, Ahmed Abdullahi Youssouf, jusqu’alors président du Puntland, la nomination d’un premier ministre, Ali Mohamed Gedi et la composition d’un gouvernement fédéral national somalien de transition (GFNST) en décembre 2004. Le Somaliland et les mouvements islamistes ne reconnaissent aucune légitimité à ce gouvernement. Plusieurs chefs de guerre en sont exclus ou ont refusé de lui prêter serment.
Bibliographie :
- Elikia M’Bokolo, L’Afrique au XXe siècle, Seuil, 1985, 400p.
- D. Laitin et S. Samatar, Somalia. Nation in Search of State, Boulder, Londres, 1987
- A. Dubuisson, J-Y Marchal, J-P Raison, Les Afriques au sud du Sahara, in R. Brunet Géographie Universelle, Belin-Reclus, 1994
- J. Serre, Somalie, in J-M Balencie et A. de La Grange, Les nouveaux mondes rebelles, Michalon, 2005