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Le Blog de la porte des larmes | |
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Il faisait trÚs noir lorsque Hussein réveilla Igricheff. Il lui apportait, dans un pot dÂargile, du café léger et âcre, fait avec les écorces des grains, car les hommes qui cultivaient, sur les terrasses des djebels, le meilleur café du monde, ne pouvaient, dans leur misÚre, lÂemployer à leur propre usage. Igricheff avala le breuvage dÂun trait, pour sa chaleur, et dit : - En route. Joseph Kessel, Fortune carrée |
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Babelmandeb propose, avec une périodicité variable mais au moins mensuellement, des points dactualité centrés sur un ou plusieurs événements ayant marqué la région, quils soient politiques, économiques ou culturels. Lobjectif est de rester au plus près des faits, en utilisant des sources dinformations fiables, de façon à mieux faire connaître une actualité régionale trop souvent dédaignée par nos grands médias. Le rythme de publication choisi permettra de garder un certain recul par rapport aux événements. Comme toujours, vos commentaires sont les bienvenus.
Elections législatives en Ethiopie (mai-juin 2005)
Le dimanche 15 mai 2005 les électeurs éthiopiens ont été appelés à renouveler leur Parlement, pour la troisième fois depuis la chute de la dictature de Mengistu Haïlé Mariam en 1991. Ce scrutin à un tour a connu une forte participation. Les précédentes élections législatives, en 2000, qui avaient été boycottées par lopposition et avaient connu une faible participation, avaient donné au premier ministre et ancien chef rebelle Mélès Zenawi au pouvoir depuis 1991, une majorité écrasante de près de 90% des sièges au Parlement.
Pour la première fois, 300 observateurs internationaux étaient présents dont lancien président américain Jimmy Carter. Le groupe des observateurs de lUnion européenne était présidé par Ana Gomez. Pour la première fois également, la campagne électorale a donné lieu à un débat démocratique vigoureux, avec accès de lopposition aux médias dEtat et affluence aux meetings électoraux. Ces élections devaient permettre daccroître la crédibilité internationale dun des pays les plus pauvres du monde avec la moitié des 70 millions dhabitants vivant sous le seuil de pauvreté. LEtat éthiopien est en effet largement tributaire de laide internationale, 40% de son budget étant financé par la Banque Mondiale et lUnion européenne.
Le 15 mai au soir, Mélès Zenawi avait toutefois interdit toute manifestation dans Addis Abeba et ses environs pour une durée dun mois.
Les résultats provisoires publiés par la Commission électorale le 1er juin et portant sur 513 des 547 circonscriptions du pays accordent une majorité de 320 sièges au Front populaire démocratique révolutionnaire éthiopien (EPRDF, au pouvoir) et ses alliés. Lopposition progresse avec 193 sièges contre 12 dans le Parlement sortant. Addis Abeba en particulier est aux mains de lopposition à 80%.
La publication de ces résultats provisoires a provoqué le mécontentement des forces dopposition. Le CUD, Coalition pour lunité et la démocratie de Hailu Shawel, sa principale formation créée il y a six mois à peine et qui semble appuyée par les Etats-Unis, accuse le pouvoir davoir favorisé des fraudes et davoir truqué les résultats dans 156 circonscriptions, surtout dans les zones rurales éloignées où les observateurs nont pas eu accès. La Commission électorale en particulier a été particulièrement critiquée, dans sa composition car elle ne comporte pas de membre de lopposition, et dans son action, réputée favorable à la coalition gouvernementale.
Lors dune manifestation organisée par lopposition le 8 juin, des affrontements ont eu lieu avec les forces de lordre faisant une vingtaine de morts et des centaines de blessés. Certaines sources parlent également de 500 étudiants arrêtés. Les manifestations avaient commencé dès le 6 juin à Addis Abeba, organisées par des centaines détudiants et réprimées à chaque fois violemment par la police. Les chauffeurs de taxi et de mini-bus ont déclenché une grève de soutien aux étudiants accompagnés par certains commerçants. Dautres manifestants ont perdu la vie dans les jours qui ont suivis. Le bilan total sélèverait à 36 morts. Des dirigeants de lopposition sont sous surveillance. La condamnation internationale de la violence sest concrétisée notamment par le gel par la Grande-Bretagne dune aide de 36 millions de dollars à lEthiopie annoncée le 15 juin.
Ces faits se sont accompagnés dune répression à légard des médias, dénoncée notamment par Reporters sans frontières. Des journalistes ont été arrêtés. Dautres ont vu leur accréditation révoquée.
Pour comprendre ces événements, il convient de les replacer dans un contexte plus large. La fin du régime de Mengistu a coïncidé avec lindépendance de lErythrée, point daboutissement dune longue guérilla (1965-1991). Cette accession à lindépendance a été mal acceptée par certains secteurs de la société, notamment dans lethnie Amhara (30% de la population éthiopienne) et par létat-major éthiopien, ce qui a conduit à la longue guerre de 1998 à 2003. Cette indépendance de lErythrée a souvent été reprochée à Mélès Zenawi, membre de lethnie tigréenne (9% des éthiopiens) proche des érythréens. En particulier, Zenawi aurait des accointances familiales avec le président de lErythrée Isaïas Aferworki. Un des enjeux de ces élections est donc peut-être à chercher dans une volonté de revanche ethno-nationaliste de certains éléments de lopposition, soucieux de rouvrir le dossier érythréen. Mélès Zenawi a dailleurs répété des allégations selon lesquelles certains membres de la CUD avaient emprunté des tactiques de propagandes aux auteurs du génocide de 1994 au Rwanda pour faire monter les tensions ethniques dans le processus électoral, allégations condamnées comme provocatrices par Ana Gomez pour lUnion européenne. La propagande de lopposition a néanmoins été critiquée par Human Rights Watch, ONG américaine qui, sans doute influencée par ses relais à Washingon, avait critiqué durant la campagne et contre toute évidence le caractère démocratique du processus.
De toute évidence, le pouvoir éthiopien craignait une sorte de révolution orange à lukrainienne et quelques semaines avant le scrutin le gouvernement avait expulsé trois ONG américaines dont certains membres étaient arrivés directement de Géorgie où ils avaient aidé lopposition à faire plier le pouvoir. Robert Wiren, journaliste spécialiste de lEthiopie note dailleurs que les émissions en amharique de la radio Voice of America ont souvent attaqué le régime de Mélès, sensible aux actions de lobbying de la diaspora éthiopienne aux Etats-Unis, souvent proche de lopposition. Cest dailleurs à Washington quont eu lieu plusieurs réunions importantes des opposants en vue de former une coalition.
La proclamation des résultats définitifs a été repoussée au 8 juillet, après lexamen par la Commission électorale de 145 réclamations déclarées recevables.
A suivre .