Mercredi 6 juillet 2005

 

Prémisses de guerre civile en Somalie

 

Président sans pouvoir d’un pays sans Etat cherche capitale libre de tout chef de guerre pour installer gouvernement provisoire. Abdullahi Yusuf Ahmed, colonel de son état, mais d’on ne sait quelle armée, aurait pu passer cette petite annonce, en ce début du mois de juin 2005, dans les journaux électroniques de la Corne de l’Afrique.

 

Voici le visage de la paix civile en Somalie : patience et calculs, acharnement et niaiserie, ont conduit à la nomination d’un chef d’Etat. Mais pourquoi lui, et pour faire quoi ? Au bout du compte, le nouvel homme fort paraît désemparé. A moins que, au contraire, il ait obtenu ce qu’il voulait : un titre présidentiel pour maintenant, et une bonne carte à jouer, pour plus tard. La déception s’annonce, sur un fond de fatalisme et de ridicule. Abdullahi Yusuf saura-t-il éviter le fiasco de celui qui l’a précédé ? Les Somaliens, que la pauvreté et les rivalités de chefs de clans ont épuisés, sauront-ils lui inspirer une conduite digne de leur triste condition? Si le terme de chaos s’impose souvent dans les descriptions de la Somalie, il ne faut pas mésestimer le goût des Somaliens pour l’anarchie, au sens strict ; ils n’aiment pas l’Etat.

 

L’échec d’Arta

 

La conférence d’Arta, ouverte le 22 septembre 1999, à Djibouti, sous l’égide du président Omar Guelleh, avait, après d’interminables discussions, donné un chef à la Somalie. L’affaire avait été particulièrement confuse, mais les discussions sur les collines d’Arta avaient accouché, le 2 mai 2000, d’une Conférence nationale de paix, à laquelle participaient des politiciens somaliens, des chefs traditionnels, des représentants de la société civile et des intellectuels de la diaspora. Cette Conférence avait fait le pari de la conciliation entre clans adverses. Avec ses 900 délégués, elle constituait, le 13 août 2000, le premier parlement somalien depuis la chute du régime Barre en janvier 1991. Manquaient à l’appel, outre les irréductibles voisins du Somaliland, les seigneurs de la guerre, qui déclarèrent tenir ce Parlement et le gouvernement qui en était issu pour une pure fiction. Le Parlement accorda ses suffrages à un homme peu connu, et qui le restera sans doute, Abdul Qassem Salat[1], élu président de Somalie pour quatre ans, le 25 août 2000.

 

A la tête d’un gouvernement fantôche, il avait réussi, après bien des contorsions et grâce à ses affiliations claniques, à s’installer dans un quartier de  Mogadiscio, ce qui montre qu’il n’était pas dépourvu de qualités manoeuvrières. Mais au-delà des quelques arpents sur lesquels il partageait son pouvoir avec le clan des Hawye, il ne comptait pour rien en rien. A Arta, le sort lui avait offert un sceptre sans gloire ni pouvoir, et ne sachant faire fructifier ses maigres atouts, il resta le plus irresponsable des chefs d’Etat. Il échoua à faire revenir la Somalie aux Nations Unies. Il n’a pas réussi à entamer le dialogue avec le Somaliland, dont les dirigeants restent totalement fermés à toute idée d’un retour dans la grande Somalie[2].

 

Salat laissa passer sa chance, et ne sut pas mettre au pas les prédateurs  dont il avait peut être mal mesuré l’indépendance absolue et que Guelleh avait oublié d’inviter à Arta. Bien mal élu, il présida aux destinées d’un gouvernement transitoire, et fut officiellement reconnu comme tel par quelques pays du voisinage, du 27 août 2000 au 14 octobre 2004, date à laquelle il s’effacera devant Abdullahi Yusuf Ahmed.

 

Salat, ancien ministre du régime de Siad Barre, avait composé un temps avec son premier ministre, Hassan Abshir Farah, puis s’en était écarté. Le meilleur moyen qu’il avait trouvé de s’en débarrasser avait été de ne plus former de nouveau gouvernement à la date échue, en août 2003. Devenu président dénué de tout, même d’un cabinet, il se présenta aux élections de Nairobi en 2004 et ne parvint pas à passer le premier tour. Il a quitté ses fonctions sur la pointe des pieds.

 

L’entremise kenyane

 

Très vite, l’échec de l’initiative Djiboutienne aidant, Nairobi devint le seul lieu où les politiciens somalis pouvaient se rencontrer. Il est vrai que c’est dans ce pays que les diplomates occidentaux ont installés leurs observateurs accrédités sur la Somalie, dénuée de tout ambassadeur. C’est là aussi que les organisations internationales et les ONG installées en Somalie ont leur siège.

 

Dès novembre 2001, Abdul Qassem Salat pris l’habitude de siéger dans la capitale du pays voisin. Il prit langue avec ses pires ennemis du Conseil somalien de réconciliation et de restauration (CSRR), sorte de contre gouvernement sous forte influence éthiopienne, qui regroupait les principaux chefs de faction somaliens, sous la houlette de Hussein Mohamed Aïdid, le fils du général Mohamed Farah Aïdid, tué en 1996, tombeur des Américains lors de l’opération Restore Hope en 1992-1993. D’une discussion sans fin était sorti le principe d'une conférence nationale de réconciliation, de laquelle on pourrait espérer organiser l'établissement d'un véritable gouvernement somalien, le premier depuis la chute de Syad Barre en 1991. Par ce stratagème, Salat témoignait de sa bonne volonté, et espérait bien se faire adouber une seconde fois ; Aïdid, quant à lui, escomptait bien le remplacer dans ses fonctions. En quoi ils échouèrent tous les deux.

 

Ce début de dialogue déclencha chez le président kenyan, Daniel Arap Moi, l’envie subite de réussir là où tous les autres avaient échoué avant lui : organiser cette conférence au Kenya et en supporter le coût. Après Djibouti et l’Ethiopie, le Kenya entrait dans le cercle des pays dits de la « ligne de front », dont les relais permettent de mener une partie du jeu somalien. Ces trois pays ont de bonnes raison de vouloir tirer les ficelles : il y a de belles affaires commerciales à réaliser avec ce pays sans fiscalité ni budget ; il leur est aussi nécessaire de se prémunir des dangers qui peuvent surgir d’un pays aux mains de factions. Mais le besoin de prestige du vieux sage africain et les besoins de sécurité nationale ne sont pas seuls en cause. La reprise des discussions sur le destin du pays était liée, aussi, au fait qu’après le 11 septembre, les Etats-Unis envisageaient publiquement une intervention militaire en Somalie. L’idée selon laquelle s’y trouveraient des camps d’entraînement comparables à ceux d’Afghanistan traversa pendant quelques semaines les couloirs du Pentagone. Mais ces camps, si l’on ose ainsi appeler des bourgades passées sous la férule de l'organisation islamiste somalienne Al-Itihad Al-Islami ("unité de l'islam"), localisés à Ras Kamboni, Las Qoray et El Waq, ne sont le havre que de quelques fanatiques prêts à défendre avec le dernier acharnement leur territoire de toute intrusion américaine ou occidentale. Mais le détournement d’un avion que l’on transforme en missile est une idée qui n’a jamais germé dans leur esprit. Avant cependant que l’état major américain ne se rende à la raison, la question est posée quelques semaines après le drame de New York, dans toute la presse internationale : pourquoi ne pas déverser un tapis de bombes sur ces villages du bout du monde ?

 

Rien ne pouvait davantage forcer les chefs de guerre et le gouvernement transitoire à renouer avec le dialogue. Tous savent qu’une intervention américaine - avec l’appui probablement empressé de l’Ethiopie – aurait fait peu de détail dans sa traque de Ben Laden. Chacun sentait bien qu’il y avait beaucoup à perdre devant des Américains ayant à venger non seulement le drame de Manhattan, mais aussi la cuisante déroute de l’expédition de 1993. Abdulkassim Salat Hassan, conscient de la quasi inexistence de son gouvernement se déclara ouvertement, et dans l’urgence, ennemi déclaré du «terrorisme». Il assura les Américains  qu’ils seraient « chez eux en Somalie » . Son empressement n’était pas inutile : il devait se faire pardonner le soutien financier de certains saoudiens, plus encombrants que jamais dans ces semaines qui suivent le 11 septembre.

 

Avec l’aide de Hassan Abshir Farah, son Premier ministre nouvellement nommé, il tente, comme il peut, de donner corps aux pourparlers avec les chefs de faction. Hussein Aïdeed, le ténor du CSRR, lui demande d’admettre d’abord qu’il n’est qu’un chef de guerre parmi d’autres. A travers lui, c’est l’Ethiopie qu dicte ses volontés. Le grand voisin se ménage la possibilité de recevoir un blanc seing des Etats-Unis pour régler le dossier somalien. En effet, la variante la plus souvent citée à l’époque est de voir l’Ethiopie faire le sale travail avec le soutien logistique des Etats-Unis. Elle y gagne la possibilité d’imposer, une fois pour toutes, ses vassaux aux commandes d’un Etat satellite ; l’hyper puissance espère ainsi trouver matière à châtier durement l’internationale islamique. L’Ethiopie a montré, sur la frontière érythréenne, que les combats les plus durs ne l’effraient pas. L’idée d’en découdre avec les séides de Ben Laden ravit le pouvoir d’Addis, qui a toujours souhaité tenir à bonne distance l’Islam militant de la Somalie. De plus, en finir avec Abdulkassim Salat Hassan ne déplairait pas à l’équipe au pouvoir à Addis : elle est depuis toujours le meilleur soutien du Somaliland et, partant, d’une Somalie faible et divisée.

En décembre 2001, chacun est sur l’expectative : les Ethiopiens sont prêts à bondir, mais les Américains hésitent encore. Installer une base à Djibouti paraît moins risqué : les Ethiopiens sont des alliées turbulents ; ils n’ont de cesse de repousser les limites du catalogue des « terroristes », et, plus par intérêt que par flagornerie vis-à-vis des Américains, ils qualifie d’ennemi de la paix tout ce qui ressemble à un Somalien de « l’autre camps », celui de Abdulkassim Salat Hassan. Les stratèges américains ne sont pas dupes et apprécient peu cette stratégie de pousse-au-crime.

Les choses durèrent jusqu’à ce sous la pression conjuguée de Arap Moi et de Museweni, président ougandais, l’organisme d’intégration régionale de la Corne, l’Intergouvernemental Authority on Development (IGAD), qui n’avait pas jusqu’à une époque récente brillé par ses capacités d’intervention, se saisisse du dossier. L’IGAD occupe le devant de la scène depuis que la paix semble revenue au Sud Soudan. Elle décide de relancer le processus de paix en l’installant dans la capitale régionale de l’ONU, Nairobi, qui ne manque pas de connaisseurs ès questions somalies.

En octobre 2002, fut ouverte la Somali National Reconciliation Conference en vue de la restauration de l’Etat en Somalie. Les discussions commencèrent à Eldoret, puis se déportèrent au Kenya College of Communication and Technology, à Mbagathi près de Nairobi. Il n’était pas question de précipiter les choses, ce qui avait sans doute été l’erreur de Guelleh, à Djibouti et ce qui fut fait, puisque la Conférence s’est dissoute à la fin de 2004 seulement, une fois élu le nouveau président de Somalie. Le 27 octobre 2002, à Eldoret, la déclaration de cessez-le-feu de 17 dirigeants de factions rivales relance les espoirs de paix.

 

Salat, animé du désir de réussir sa fin de mandat pour mieux préparer le second, se démène. Boudé par le Somaliland, il est plus heureux avec certains chef de guerre, et surtout avec les représentants de l’autre région autoproclamée indépendante : le Puntland, dont les dignitaires, au premier rang desquels Abdullahi Yusuf, sont courtisés et appâtés par des promesses de maroquins. Ceux-ci croient garantir leurs chances en imposant – sans en mesurer toutes implications – le fédéralisme comme horizon constitutionnel. Salat est obligé de se soumettre.

Le 5 juillet 2003, après avoir tout promis et tout vendu, Abdulkassim Salat, excédé et n’ayant sans doute plus rien à offrir, pas même sa place, dénonce ces accords. Jacobin par nécessité vitale, il a enfin perçu la menace que fait peser sur la Somalie l’idée fédéraliste, qui doit aboutir à une sécession de facto du Somaliland. Cet astucieux coup de théâtre lui permet de rallier les factions que les élections somalilandaises ont toujours exaspérées. Après Omar Guelleh et avant Arap Moi, l’ougandais Yoweri Museveni  se dévoue pour ramener les frères ennemis à rejoindre le tour de table.

Comme pour attiser les braises, se produit, en décembre 2003, un accrochage violent dans la région du Sool. On parle de quinze morts. Chacun sait qu’il y en a peut-être dix fois plus. Le Puntland a lancé une colonne sur la bourgade de Las Anod, afin de marquer par la force sa présence effective sur cette terre que revendiquent les  nomades du Somaliland. Comme au meilleur de l’épopée coloniale occidentale, il justifie cette expédition en arguant d’un appel explicite émanant de chefs de clans locaux et fait jouer les rivalités de puissance, en accusant Djibouti d’armer le Somaliland. Ces bruits de bottes ne laisse pas d’inquiéter les observateurs des questions somaliennes. Le 20 janvier 2004, le secrétaire général de l’Onu est appelé à la rescousse et  fait part de ses craintes de voir cette échauffourée compromettre le maigre espoir de paix qui s’éveille à Nairobi. En pure perte d’ailleurs, car la situation ne s’améliore pas sur le terrain, où les chefs de clan continuent à en découdre. Ainsi, à Mogadiscio, entre le 10 et le 30 mai 2004, des combats de rue font une centaine de morts.

En octobre 2004, avec l’appui du ministre des affaires régionales du Kenya, Jon Koech, l’IGAD avait organisé, dans le complexe sportif de Kasarani, situé dans les faubourgs de Nairobi, l’élection d’un nouveau président pour la Somalie. Face à 24 candidats, le colonel Abdullahi Yusuf est élu au troisième tour par 189 voix, laissant son principal compétiteur, le Dr. Abdullahi Ahmed Addow, autrefois ambassadeur de Somalie aux Etats-Unis et ex ministre des finances, ruminer sa défaite. C’est la surprise. Les pessimistes pensaient que Abdulquassem Salat aurait pu acheter les voix avec les fonds, d’origine mal indentifiée, qu’il détenait. Les optimistes pariaient sur Addow, le seul somalien ressemblant à un homme d’Etat, moins contaminé par les horreurs de la guerre civile que d’autres (même s’il fut lié à Aïdid père). Personne n’aurait parié sur Yusuf ; ce fut donc lui. Si l’on en juge par le rapport de International Crisis Group[3], la victoire fut coûteuse, les voix se négociant aux alentours de 7 000 $ chacune. L’Ethiopie, qui contrôlait un bloc d’environ 100 voix, assura la victoire de son champion.

Les 270 membres du parlement de transition de Somalie ont tous voté, sous la férule de leur président, Sharif Hassan Sheikh Aden, un ennemi déclaré de Abdullahi Yusuf. Ils étaient accompagnés dans leur effort des membres de la Conférence de Réconciliation, au sein de laquelle s’étaient réunis les dirigeants politiques, les chefs de factions, les chefs traditionnels et la société civile[4]. Cette fois, aux côtés des seigneurs de la guerre du CSRR et du gouvernement fictif de Abdulkassim Salat Hassan, des chefs de factions ont fait le voyage à Nairobi ; on reconnaît les maîtres de certains quartiers de la capitale, comme Muse Sudi Yalahow ou Usman ali Ato, ou ceux de Kismayo (le colonel Barre Adan Hirale qui dirige la Juba Valley Alliance), mais aussi les généraux d’armées indépendantes, comme Muhammad Ibrahim Habsade, chef de la Rahanweyn Resistance Army, ou le colonel Abdirazzaq Isaq Bihi, chef du Front national somali basé à Gedo.

Curieux mélange que cette Conférence de Réconciliation, où se rassemblent autour du même point d’eau des prédateurs n’ayant aucune idée de ce qu’est la pitié, et les associations caritatives somaliennes. Curieux mélange que ce Parlement en exil, qui réunit irresponsables et criminels de guerre. Tout ce petit monde est supposé représenter la Somalie. Voici deux ans qu’il pratique l’exil politique dans les grands hôtels du Kenya, le SixEighty, le Grand Regency, le Hilton, le Meridian et le Stanley, au frais du contribuable kenyan. Durant ce moment crucial, les membres du parlement transitoire n’ont jamais oublié leur qualité de clients fidèles auxquels sont dus les avantages offerts par les grands hôtels à leurs « long-term clients », les saunas, les visites guidées, les clubs de santé, les facilités en tous genres. C’est dans un agréable lotissement de l’ONU à Nairobi que membres du Parlement de transition avaient prêté serment.

Pour cette élection, dont la majorité des Somaliens n’a jamais entendu parler, la communauté internationale avait dépêché une troupe d’observateurs qui, sans surprise, en a garanti la transparence et la sincérité. L’élection, si l’on ose appeler cette désignation à forte valeur de combinazione, s’est terminée par une avalanche de discours où chacun est venu jurer qu’il saura servir, l’heure venue, le pays bien aimé. Il faut ajouter, pour que l’histoire soit complète, que chaque participant avait, avant le premier tour, signé une déclaration selon laquelle il respecterait le résultat de l’élection. A la vérité, les discussions furent chaotiques, marquées par des joutes oratoires d’une rare violence ; tout n’était que hurlement, absentéisme, bagarre à coup de cannes (bakora), provocations saugrenues et menaçantes. Deux années à ce régime n’avaient pas été de trop pour accoucher d’une élection alla somalia.

 

Les arrangements relatifs au partage du pouvoir sont les suivants : (1) la Charte de transition adoptée par la Conférence de réconciliation est fédérale ; (2) le Parlement transitoire est constitué sur la base de la formule clanique de 4,5; par lequel le pouvoir est partagé entre les quatre clans principaux et l’ensemble des clans minoritaires (3) le Président élu par le Parlement; et (4) le Conseil des Ministres est dirigé par un Premier ministre.

 

Le mandat des parlementaires consiste à se partager le pouvoir pendant cinq ans, temps nécessaire à la rédaction d’une nouvelle constitution sur le modèle fédéral. La règle du 4,5 attribue 61 sièges à chacun des quatre grands clans, et 31 pour l’ensemble des clans minoritaires. Cette règle est connue de tous, puisqu’elle avait été étrennée à Arta, quatre ans auparavant. La charte de Nairobi, confuse et vague à souhait pour tout ce qui relève des institutions, est d’une redoutable précision clanique : elle descend jusqu’au détail des sous-sous-clans. Après qu’un référendum aura été organisé, dans un pays où la majorité de la population n’a jamais vu une urne, la Somalie renaîtra de ses cendres. Au total, le programme est assez semblable à celui du pauvre Abdul Qassem Salat, désormais sur la touche. La seule différence connue : la médiation des Kenyans est moins partisane que celle des djiboutiens, et c’est ainsi que les seigneurs de guerre de Mogadiscio et du Conseil somalien de réconciliation et de restauration (CSRR) d’Hussein Mohamed Aïdid ont accepté d’adouber le nouveau président. Cet aval des parrains somalis est une vraie rupture. Elle est surtout un pari : pourra-t-on réussir là où la Conférence d’Arta a échoué : associer les seigneurs de la guerre à la gouvernance du pays. Pari fou à vrai dire, construit sur l’idée de constituer le Parlement sur le mode 4,5, qui est la cause de tous les maux de la Somalie. Enfin, on reste étonné de voir qu’aucune clause ne prévoit de résoudre la question essentielle du budget de l’Etat. Or, la richesse, celle des ports et des aéroports, est entre les mains des factions. Autre question sans réponse : que veut-on dire par fédéralisme dans ce pays sans Etat ? La charte prend autant de soin à se vouloir fédérale qu’elle en prend à rester vague sur l’organisation de la future Somalie.

 

Le partage du pouvoir, seule réalité tangible de cette « élection », se traduit par une alchimie complexe : les charges de président et de Premier ministre sont dues aux deux principaux clans rivaux du centre somalien, les Hawiye (Premier ministre) et les Darod (Abdullahi Yusuf). Le président du Parlement est un Digil-Mirifle, les premier et second vice-présidents représentent respectivement l'Alliance des minorités et les Dir. L’idée selon laquelle gouvernement et Parlement doivent faire venir à eux les élites somalies de la diaspora n’a effleuré l’esprit de personne.

 

Dans des ululations de joie qui suivirent cette désignation, le nouvel élu déclara pouvoir compter sur l’aide de chacun. C’est du moins le sens de la proclamation joviale qu’il adresse devant la presse. Avec ce qu’il faut de sérieux dans la voix, il déclare : « je travaillerai jour et nuit pour rattraper le temps perdu » et assure que « seuls la mort  ou le succès pourront mettre un terme à son engagement ». Il est donc appelé à reconstruire un pays qui n’a jamais vraiment existé. On ne connaît pas le nombre exact de ses habitant (estimé à huit millions), ni le revenu annuel par habitant (estimé à 110 dollars).

Il est intronisé président de la République fédérale transitoire de Somalie, le 14 octobre 2004 par les chefs d’Etat de la région, lors d’un sommet ad hoc organisé à Nairobi. Le communiqué officiel demande sans ambages à l’ONU, à l’UA ainsi qu’à l’IGAD d’organiser la sécurité de la restauration de l’Etat en Somalie[5]. Le 25 octobre 2004, Yusuf précise les choses et demande au Conseil pour la paix et la sécurité (CPS) de l’Union Africaine, à Addis Abeba, d’appuyer son Gouvernement par le déploiement, en Somalie, d’une force de rétablissement de la paix de 15 à 20 000 hommes. Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l’Union Africaine, accueille cette demande avec toute la prudence requise, et invite les nouvelles autorités somaliennes «à gagner le cœur et l’esprit des Somaliens» plutôt que de viser trop tôt le portefeuille des pays amis. En revanche le CPS est plus ambitieux et diligente les préparatifs pour l’envoi d’une mission de paix. L’envoyé spécial de l’Igad, le kényan Bethuel Kiplagat, défend le dossier à Stocklholm, le 29 octobre 2004, lors d’une conférence internationale des bailleurs de fonds et demande 10 millions de dollars pour entamer la stabilisation de la Somalie auxquels s’ajoutent 45 millions de dollars pour les forces de maintien de la paix et 200 millions de dollars pour les travaux d’infrastructures. Il reçoit, on s’en doute, un accueil poli.

A New York, le conseil de sécurité, dans un de ces élans de prudence irrésistibles, répond qu’il est tout disposé à faire son devoir, de manière graduelle et en fonction des progrès enregistrés sur le terrain. Il prodigue ses plus vifs encouragements au nouveau président, notamment pour le choix de son premier ministre et pour la formation du gouvernement - une manière de remarquer qu’elle tarde un peu[6]. Yusuf nomma Geedi comme Premier ministre le 4 novembre 2004, trois semaines après sa propre installation. Il avait pris son temps non seulement parce que l’exercice était compliqué à souhait, mais aussi par qu’il avait sans attendre, éprouvée son statut de chef d’Etat dans une tournée des pays de la région. C’est une marque constante de Yusuf de se consacrer en priorité à sa reconnaissance internationale plutôt qu’aux dures contingences de la politique intérieure somalienne. Geedi, vétérinaire, activiste de la société civile, connaît bien les questions d’élevage en Somalie. Il est un produit des institutions internationales, que Yusuf, malin, est allé chercher dans les services de recherche vétérinaire de l’Union africaine. Il a trois avantages : ce n’est pas un chef de guerre, il est de Mogadiscio et il est du clan des Hawye, ainsi représenté par la primature. Yusuf, tenu par l’article 47 de la charte de nommer un premier ministre issu du Parlement, négocie avec un allié son retrait du Parlement. C’est ainsi que Mohamed Omar Habeeb (Mohamed "Dheere") libère son siège et le cède au futur premier ministre. Cette manœuvre de libération de siège de député, pourvu qu’il soit du même sous-clan, est prévu par la charte, et avait déjà fait les beaux jours du précédent Parlement. Habeeb et Geedi sont deux membres du sous clan Hawiye/Abgaal/Harti/Warsengeli. Habeeb est un vieux complice de Yusuf, du SRRC et de la mouvance éthiopienne. Le fait que Geedi soit extérieur au système mafieux et paramilitaire est indiscutable. Il n’échappe pas aux lois claniques.

 

Tandis qu’à New York on prodigue des encouragements de circonstance, tout en se demandant qui donc a bien pu avoir une pareille idée, dans les grands hôtels du Kenya, les représentants de la Somalie en viennent aux mains. La plus grande bagarre a lieu le 17 mars 2004 au Grand Regency Hotel de Nairobi et donne lieu à une réprimande sévère mais impuissante de l’Union Africaine. Pire encore, dès la fin du mois d’octobre, les heurts violents entre Somalilandais et Puntlandais, dans le Sool et Sanaag, avaient fait plusieurs morts. Dans une de ses déplorations malheureusement quotidiennes, Alpha Omar Konaré, depuis sa tribune de l’Union Africaine, note que ces violences ne vont pas dans le sens des espoirs qu’avait naître l’élection de Yusuf. A la décharge de ce dernier, s’il est bien un endroit de Somalie sur laquelle son pouvoir n’est pas prêt d’être reconnu, c’est bien cette zone frontière entre les deux entités non reconnues par la communauté internationale. S’il est possible de parler de la contrée la plus reculée de ce pays coupé du monde, c’est au Sool et au Sanaag qu’il faut penser.

 

Dans sa déclaration du 15 novembre 2004, le Conseil de sécurité insinue, dans le cours habituel de ses exhortations, que le but visé est bien la réunion complète de la Somalie. Le Somaliland n’a qu’à bien se tenir.

 

Le 2 décembre 2004, la bonne nouvelle de la formation d’un gouvernement, toujours en exil doré au Kenya, tombe à point. Ali Muhammed Geedi présente son gouvernement.

 

Geedi n’est pas doué, semble-t-il, pour la rhétorique : « Les personnes que j'ai choisies sont celles qui peuvent comprendre l'ampleur des destructions en Somalie. Elles pourront ainsi prendre toutes les mesures nécessaires pour reconstruire le pays d'une manière efficace», déclare-t-il à l’occasion de sa nomination. Mohammed Geedi annonçe la composition de son gouvernement, un mois après son entrée en fonction. « Cela m'a pris longtemps pour sélectionner les meilleures personnes aux meilleures places », précisait-il[7] avec une candeur qui tranche avec l’atmosphère de violence contenue qui règne au Parlement. Mais pas assez prudent, il doit affronter, à la surprise générale, le vote de défiance de 184 des 275 députés (avec 82 absents). Le Premier ministre avait oublié l’étape de l’investiture parlementaire de son cabinet, voulue par la nouvelle Charte nationale de transition ! Derrière cette motivation juridique, pointe le courroux des Parlementaires devant un gouvernement de 81 membres qui n’étaient pas assez représentatifs ni « all inclusive ».

 

Ce trait surprenant de démocratie parlementaire montre assez que l’esprit de faction domine encore et régule, mieux que tout, l’action du gouvernement, et jusqu’aux conditions de sa naissance. Sans doute Yusuf doit-il payer, par ce mouvement de colère collective, l’idée saugrenue d’avoir nommé un amateur à la tête du gouvernement, sans le moindre programme politique élaboré. A sa décharge, par cette nomination, il plaçait à la primature un homme parlant la langue des donateurs et des observateurs extérieurs. Plus en perspective, la véritable pomme de discorde reste le partage du pouvoir entre les quatre clans principaux et les factions minoritaires. Les chefs de guerre Hussein Mohammed Aidid, nommé à l'Intérieur, et Mohammed Qanyare Afrah, à la Sécurité intérieure, boudèrent la prestation de serment pour marquer leur déception de ne pas avoir obtenu les fauteuils de président et de Premier ministre, ou encore de vice-Premier ministre. Finalement Aïdid est nommé vice Premier ministre, le 6 décembre2004 et Afrah choisi de se contenter de ce qu’il a. Le 8 décembre, une nouvelle fronde s’abat sur le gouvernement. Mohamed Abdullahi Kamil, ministre d'Etat auprès du Premier ministre, Abdallah Ali Ahmed et Abdalla Boos Ahmed, respectivement vice-ministre de l'Information et vice-ministre de l'Education supérieure démissionnent pour faire fond aux reproche du Parlement. Le ton est donné ; il avait fallu associer les seigneurs de guerre à la Conférence et à l’élection. Maintenant, il s’agit de les intéresser assez pour qu’ils ne sabordent pas l’ensemble.

 

Le 13 janvier 2005, le gouvernement reçoit enfin l’aval du Parlement. Geedi dirigera une équipe de 42 membres. Passé cette première frayeur, il expose son objectif : le retour à Mogadiscio. Comme le fait remarquer le groupe religieux de la Conférence de Réconciliation, il serait utile que les anciens chefs de guerre et dirigeants de factions, qui sont membres du Gouvernement, procèdent à un désarmement volontaire et exemplaire[8]. Il est certain qu’une fois la Conférence dissoute, il sera impossible de les désarmer. Mais qui a le courage d’en demander tant aux seigneurs de la guerre ?

 

Le 5 janvier 2005, le conseil pour la paix et la sécurité (CPS) de l’Union Africaine demande, à nouveau, au gouvernement de bien vouloir s’installer en Somalie et au reste du monde de l’aider dans cette tâche, qui sera impossible sans l’aide d’une force extérieure. Côté somalien, le message est entendu. Les membres du gouvernement multiplient les déplacements dans leurs fiefs respectifs pour préparer le transfert du cabinet Geedi. De son côté, la communauté internationale se réduit aux organisations africaines, qui tentent de prendre les choses en main.

Le Kenya a intérêt à mettre un terme à ce qui n’est pas encore un échec, mais qui est à coup sûr une dépense. Il a déboursé pas moins d’un milliard de shilling pour la conférence, et doit déjà 630 millions aux hôtels où se sont succédées pas moins de 4000 personnes. Les parlementaires connaissent mieux la réglementation relative au per diem et indemnités qu’ils s’octroient sur le dos du contribuable kényan, que le texte de la Charte qu’ils ont voté en sachant qu’ils ne l’appliqueraient sans doute jamais. Il faut y ajouter les frais du président élu, qui conserve une partie de la garde d’ élite que lui a attribué le président Kibaki, ainsi que sa résidence officielle située à Kitsuru, louée à prix d’or par l’Etat Kenyan. Mohammed Ali Geedi a, lui aussi, confié la sécurité de sa famille au Kenya. La presse kenyane ne se prive pas de remarquer que l’on ne connaîtra jamais le coût exact des dépenses somptuaires engagées par le Kenya. A leur décharge, l’attaque contre la résidence de Yusuf en novembre 2004, mal élucidée, est sans doute une tentative d’assassinat.

L’IGAD sur le devant de la scène

 

Les chefs d’Etat et de Gouvernement de l’IGAD se réunissent en marge de la 4ème session ordinaire de la Conférence de l’Union Africaine, tenue à Abuja, du 30 au 31 janvier 2005, pour discuter du processus de paix en Somalie. Ils s’accordèrent en faveur de « l’engagement de Djibouti, de l’Ethiopie, du Kenya, du Soudan et de l’Ouganda à fournir des troupes et/ou des équipements en vue du déploiement d’une Mission de soutien à la paix de l’IGAD, qui assurerait la sécurité du gouvernement fédéral transitoire, de manière à faciliter son transfert et à garantir la préservation des résultats du processus de paix conduit sous l’égide de l’IGAD ». On reconnaît dans cette liste de pays contributeurs ceux de la ligne de front, qui ont chacun leurs intérêts en Somalie, répartis selon la carte clanique. Soudan et Ouganda sont moins concernés, même si la diaspora somalie les touche depuis toujours. La Conférence de l’Union adopta une décision en ce sens le 31 janvier 2005, et demanda au CPS de donner mandat à l’IGAD pour déployer une Mission de soutien à la paix en Somalie. Le CPS entérina la décision lors de sa 24ème réunion, tenue le 7 février 2005.

 

Le CPS dépêche une Mission d’information et de reconnaissance  en Somalie, du 14 au 26 février 2005[9]. Avant le départ de la Mission, le Ministre de la Défense du gouvernement transitoire prévient que le Gouvernement ne « contrôle encore aucune portion de territoire dans le pays ».

 

Une étude des ministres de la défense de l’IGAD, qui s’étaient réunis à Entebbé, le 14 mars 2005 propose une phase I, au cours de laquelle les forces les plus aptes de l’IGAD se déploieraient en Somalie, à savoir l’Ouganda et le Soudan, avec l’aide logistique des autres pays. La phase II doit voir le déploiement des autres forces de l’IGAD. Si la phase II paraît volontairement assez vague, puisqu’il s’agit de l’entrée en lice des pays de la ligne de front. l’IGAD, encouragée par les engagements de la Ligue Arabe à participer à l’effort commun, décide de lancer sans attendre la première phase. Pour donner du lustre à cette proposition volontariste, il est décidé que les Somalis qui refuseraient de jouer le jeu de l’IGAD se verraient soumis aux rigueurs du due process of law, sans préciser lequel[10]. Le 17 mars 2005, ce qui reste du Parlement fédéral transitoire à Nairobi accepte le principe d’une intervention militaire, mais à la condition que n’y figure aucun des pays de la ligne de front (front line states).Pour sa part, le 17ème Sommet de la Ligue des Etats Arabes, tenu à Alger (Algérie), les 22 et 23 mars 2005, a décidé d’apporter un soutien financier d’un montant de 26 millions de dollars au gouvernement transitoire pour couvrir les coûts de sa réinstallation en Somalie.

 

Le CPS de l’Union Africaine, présidé par Saïd Djinnit, lors de sa 29ème session du 12 mai 2005, s’émeut des difficultés qui minent le processus de réconciliation, et même le remettent en cause. Il autorise le lancement de Phase I de l’IGASOM (IGAD Peace Support Mission to Somalia) afin de faciliter l’implantation des institutions transitoires et de leur fournir un encadrement sécuritaire convenable. Les membres du gouvernement transitoire sont moins persuadés de l’urgence. Le groupe parlementaire que dirige le vice-Président du Parlement, Ousman Bekel Bokor, accueille avec joie le déploiement de troupes de l’Union Africaine et de la Ligue Arabe, « étant donné que la Somalie est membre de ces deux organisations ». Derrière cette phrase toute faite, pointe la difficulté insoluble de la participation des pays voisins dans cette force : Djibouti, Ethiopie, Kenya sont violemment récusés par de nombreuses factions. Dès lors, le groupe parlementaire opte pour une prolongation du délibéré gouvernemental sur la question du déploiement de troupes étrangères dans le pays, ajoutant que « le processus politique n’avait pas encore été mené à son terme pour ouvrir la voie au déploiement d’une Mission de soutien à la paix de l’UA »[11].

 

Voici plusieurs mois que les diplomates Kenyans ont fixé comme date limite de présence à Nairobi le 14 décembre 2004. La date est passée depuis six mois. Leur patience est mise à rude épreuve. Le 10 juin 2005, l’expiration du contrat d’hébergement chasse les députés et ministres de leurs hôtels de Nairobi. Mais où sont les Casques Bleus ? Seront-ils Soudanais ou Kenyans ? Ces questions qui fusent dans les couloirs des hôtels encombrés de valises attestent de la crainte générale du retour au pays, différée sans cesse. Il faut aussi mentionner le différend qui oppose le chef de l’Etat et le président du Parlement sur le lieu d’accueil du gouvernement, le premier préconisant Baidoa et Jowhar et le second exigeant Mogadiscio.

 

Il est vrai que Yusuf évalue à presque rien ses chances de survie à Mogadiscio. Il est d’ailleurs appuyé par le chef de clan et vice-premier ministre, Hussein Mohammed Aïdid, qui, préférant se sentir chez lui dans la capitale, appuie sans réserve l’idée d’une «délocalisation» présidentielle à Baidoa. Peu pressé de s’installer en pays hostile, et fidèle à ses habitudes, Yusuf projette et organise une tournée des pays arabes, qui doit l’amèner du Qatar au Yémen. Enfin, tous se séparent sans trop savoir que faire. Le ministre Kenyan Koech ne peut cacher sa joie de voir partir ces exilés de luxe. Astucieusement, Yusuf nomme deux ambassadeurs pour replacer la Somalie sur la carte du monde ; l’un au Nations Unies, l’autre en Chine.

 

Au moment de quitter Nairobi, force est de reconnaître que le pessimisme radical de tous les connaisseurs de la Somalie, le pays où les bonnes nouvelles sont toujours des mauvaises nouvelles, doit être tempéré par l’examen des faits. En 2002, personne n’aurait parié sur la réussite des Kényans, et derrière eux, des pays de l’IGAD et de l’Union Africaine, pour une fois, et pour un moment seulement, unis dans une position commune. Toutes les embûches, innombrables, qui ont semé le parcours de la conférence ont été surmontées avec une constance remarquable. Le Kenyan Kiplagat réussit le tour de force, à compter de janvier 2004, à prendre en main l’imbroglio administratif et financier de la conférence et du Parlement en exil.

 

Dans ce domaine de l’action régionale, un vrai progrès a été enregistré. En outre, il permet de mesurer que la société somalie – si elle existe – ne souhaite plus vivre soumise aux seigneurs de la guerre. La constitution de groupes d’hommes d’affaires, témoigne de ce mouvement de rejet. Le premier pas réalisé au Kenya mène peut-être à un retour de la guerre ; mais il reste une chance pour qu’il aboutisse à une amélioration.

 

 

Par babelmandeb - Publié dans : Points d'actualité
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