Bab el Mandeb, Aden, Somalie et Sabaa, les lieux géographiques, de lhistoire et de limaginaire sont aussi des lieux communs pour tous les auteurs, des tropes comme disent les savants et les rhétoriciens. Cette page vise à recenser, dans un joyeux désordre initial, les textes où se repèrent une formule, une idée, un jet ou un long développement sur la Mer Rouge, ses hommes et ses lieux. Des mots clés ou des points dentrée pourront apparaître au fil du temps. Les contributions de la littérature à léconomie, la géopolitique et la géographie sont des perles très recherchées.
Aux contributeurs, merci de ne pas craindre les références en anglais, italien, ou tout autre langue relativement accessible. Pour les autres, merci de traduire. Les références bibliographiques doivent être précises et les documents convertibles en format texte.
- Aden, Eden, le lointain Paradis,
Voltaire, La Princesse de Babylone, Contes en vers et en prose, (Paris : Bordas, 1992, Classiques Garnier).
Le roi d'Egypte, qui était chaud de vin, pour ne pas dire ivre, demanda un arc et des flèches à un de ses pages. Ce prince était à la vérité l'archer le plus maladroit de son royaume. Quand il tirait au blanc, la place où l'on était le plus en sûreté était le but où il visait. Mais le bel oiseau, en volant aussi rapidement que la flèche, se présenta lui-même au coup, et tomba tout sanglant entre les bras de Formosante. L'Egyptien, en riant d'un sot rire, se retira dans son quartier. La princesse perça le ciel de ses cris, fondit en larmes, se meurtrit les joues et la poitrine. L'oiseau mourant lui dit tout bas: "Brûlez-moi, et ne manquez pas de porter mes cendres vers l'Arabie Heureuse, à l'orient de l'ancienne ville d'Aden ou d'Eden, et de les exposer au soleil sur un petit bûcher de gérofle et de cannelle." Après avoir proféré ces paroles, il expira.
- Aden, Eden, la route de Rome à Bonne Espérance
Voltaire,.Les Lettres d'Amabed Traduites par l'abbé Tamponet, Quatrième lettre. D'Amabed à Shastasid, (Paris : Bordas, 1992, Classiques Garnier).
Du cap qu'on appelle Bonne-Espérance, le quinze du mois du rhinocéros
Il y a longtemps que je n'ai étendu mes feuilles de coton sur une planche, et trempé mon pinceau dans la laque noire délayée, pour te rendre un compte fidèle. Nous avons laissé loin derrière nous à notre droite le golfe de Babelmandel, qui entre dans la fameuse mer Rouge, dont les flots se séparèrent autrefois et s'amoncelèrent comme des montagnes pour laisser passer Bacchus et son armée. Je regrettais qu'on n'eût point mouillé aux côtes de l'Arabie Heureuse, ce pays presque aussi beau que le nôtre, dans lequel Alexandre voulait établir le siège de son empire et l'entrepôt du commerce du monde. J'aurais voulu voir cet Aden ou Eden, dont les jardins sacrés furent si renommés dans l'antiquité; ce Moka fameux par le café qui ne croît jusqu'à présent que dans cette province; Mecca, où le grand prophète des musulmans établit le siège de son empire, et où tant de nations de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe viennent tous les ans baiser une pierre noire descendue du ciel qui n'envoie pas souvent de pareilles pierres aux mortels; mais il ne nous est pas permis de contenter notre curiosité. Nous voguons toujours pour arriver à Lisbonne, et de là à Roume.
- Géopolitique, Britanniques
Flaubert, Correspondance, 2e série, 1847-1852, Paris : L. Conard, 1926, p.151
Lettre à sa mère, Le Caire, 5 janvier 1850.
(
) il est presque impossible que, d'ici à quelque temps, l'Angleterre ne devienne pas maîtresse de l' égypte ; elle tient déjà Aden rempli de troupes. Le transit de Suez sera très commode pour vous faire arriver un beau matin les uniformes rouges au Caire. On apprendra cela en France quinze jours après, et l' on sera fort étonné ! Souvenez-vous de ma prédiction. Au premier mouvement qui se passera en Europe, l' Angleterre prendra l' égypte, la Russie Constantinople, et nous autres, par représailles, nous irons nous faire massacrer dans les montagnes de la Syrie. Il n' y a rien ici pour s'opposer à une invasion.
- Economie, Aden, plumes dautruches
Pierre Loti (1850-1923). Pêcheur d'Islande ( Paris : Calmann-Lévy, 1886 p.259) :
Un autre disait : -quand j' étais quartier-maître canonnier, en fonctions de caporal d' armes sur la Zénobie, à Aden, un jour, je vois les marchands de plumes d' autruche qui montent à bord (imitant l' accent de là-bas) : " bonjour, caporal d' armes ; nous pas voleurs, nous bons marchands. " d' un paravirer je te les fais redescendre quatre à quatre : " toi bon marchand, que je dis ; apporte un peu d' abord un bouquet de plumes pour me faire cadeau ; nous verrons après si on te laissera monter avec ta pacotille. " et je m' en serais fait pas mal d' argent au retour, si je n' avais pas été si bête !
- Economie, Mer Rouge, Aden, Moqqa, café,
Guillaume-Thomas Raynal (abbé), Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes. T. 1 (La Haye : Gosse fils, 1776, p280).
Avant que les portugais eussent intercepté la navigation de la mer Rouge, les arabes avoient plus d' activité. Ils étaient les agents de tout le commerce qui se faisait par cette voie. Aden, situé à l' extrémité la plus méridionale de l' Arabie sur la mer des Indes, en était l' entrepôt. La situation de son port qui lui procurait des liaisons faciles avec l' Egypte, l' Ethiopie, l' Inde et la Perse, en avait fait pendant plusieurs siècles un des plus florissants comptoirs de l' Asie. Quinze ans après avoir résisté au grand Albuquerque, qui voulait le détruire en 1513, il se soumit aux turcs, qui n' en restèrent pas long-temps les maîtres. Le roi d' Yemen qui possède la seule portion de l' Arabie qui mérite d' être appellée heureuse, les en chassa, et attira toutes les affaires à Moka, rade de ses états, qui n' avait été jusqu' alors qu' un village. Elles furent d' abord peu considérables. La myrrhe, l' encens, l' aloès, le baume de La Mecque, quelques aromates, quelques drogues propres à la médecine, faisaient la base de ce commerce. Ces objets, dont l'exportation continuellement arrêtée par des droits excessifs, ne passe pas aujourd' hui trois cents mille roupies, étaient dans ces temps-là plus recherchés qu' ils ne l' ont été depuis ; mais ce devait être toujours peu de chose. Le café fit bientôt après une grande révolution. Le cafier vient originairement de la haute Ethiopie, où il a été connu de temps immémorial, où il est encore cultivé avec succès. M Lagrenée de Mezieres, un des agents les plus éclairés que la France ait jamais employés aux Indes, a possédé de son fruit, et en a fait souvent usage. Il l' a trouvé beaucoup plus gros, un peu plus long, moins vert, et presque aussi parfumé que celui qu' on a commencé à cueillir dans l' Arabie vers la fin du seizième siècle. On croit communément qu'un mollach, nommé Chadely, fut le premier arabe qui adopta le café, dans la vue de se délivrer d' un assoupissement continuel qui ne lui permettait pas de vaquer convenablement à ses prières nocturnes. Ses derviches l' imitèrent. Leur exemple entraîna les gens de loi. On ne tarda pas à s' apercevoir que cette boisson purifiait le sang par une douce agitation, dissipait les pesanteurs, égayait l' esprit ; et ceux mêmes qui n' avoient pas besoin de se tenir éveillés, l' adoptèrent. Des bords de la mer Rouge, il passa à Médine, à La Mecque, et, par les pélerins, dans tous les pays mahométans.
- Economie, relâche, Moka, café, commerce, Turcs, Francçais, Britanniques.
Guillaume-Thomas Raynal (abbé), Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes. T. 1 (La Haye : Gosse fils, 1776, p287).
Les plantations de café, formées par les nations européennes dans leurs colonies, firent diminuer également et la consommation, et le prix de celui d' Arabie. A la longue, ces voyages ne donnèrent pas assez de bénéfices pour soutenir la cherté des expéditions directes. Alors les compagnies d' Angleterre et de France prirent le parti d' envoyer, l' une de Bombay, et l' autre de Pondichery, des navires avec des marchandises d' Europe et des Indes à Moka.
Souvent même elles ont eu recours à un moyen moins dispendieux. Les anglois et les françois, qui naviguent d' Inde en Inde, vont tous les ans dans la mer Rouge. Quoiqu' ils s' y défassent avantageusement de leurs marchandises, ils n' y peuvent jamais former une cargaison pour leur retour. Ils se chargent pour un modique fret du café des compagnies, qui le versent dans les vaisseaux qu' elles expédient de Malabar et de Coromandel pour l' Europe. La compagnie de Hollande qui interdit les armements à ses sujets, et qui ne fait point elle-même d'expédition pour le golfe Arabique, est privée de la part qu' elle pouvoit prendre à cette branche de commerce. Elle y a renoncé à une branche bien plus riche, c' est celle de Jedda.
Jedda est un port situé vers le milieu du golfe Arabique, à vingt lieues de la ville sainte. Le gouvernement y est mixte. Le grand-seigneur et le scherif de La Mecque en partagent l'autorité et le produit des douanes. Ces droits sont de huit pour cent pour les européens, et de treize pour toutes les autres nations. Ils se paient toujours en marchandises, que les administrateurs forcent les négociants du pays d' acheter fort cher. Il y a long-temps que les turcs, qui ont été chassés d' Aden, de Moka, de tout l' Yemen, l' auraient été de Jedda, si l' on n' avait craint qu' ils se livrassent à une vengeance qui aurait mis fin aux pélérinages et au commerce.
- Aden, Eden, Paradis, Bible
Voltaire (1694-1778), La Bible enfin expliquée par plusieurs aumôniers de S.M.L.R.D.P. (Genève : [s.n.], 1776, p.6)
(10) ce jardin, ce verger d' éden, était nécessaire pour nourrir l' homme et la femme. D' ailleurs dans les pays chauds où l' auteur écrivait, le plus grand bonheur était un jardin avec des ombrages. Long-temps avant l' irruption des bedoins juifs en Palestine, les jardins de la Saana auprès d' Aden ou éden, dans l' Arabie, étaient très-fameux ; les jardins des Hespérides en Afrique l' étaient encor davantage.
- Aden, Britanniques, Français
Jules Verne (1828-1905), Les enfants du Capitaine Grant ( Paris : Hachette, 1930, p. 141)
Paganel avait un air demi-vexé, demi-surpris, qui faisait la joie du major. L' interrogation continua. " passons à l' Asie, dit le géographe. -l' Asie, répondit Toliné, est un pays immense. Capitale : Calcutta. Villes principales : Bombay, Madras, Calicut, Aden, Malacca, Singapoor, Pegou, Colombo ; îles Laquedives, îles Maldives, îles Chagos, etc., etc. Appartient aux anglais. -bon ! Bon ! élève Toliné. Et l' Afrique ? -l' Afrique renferme deux colonies principales : au sud, celle du Cap, avec Cape-Town pour capitale, et à l' ouest, les établissements anglais, ville principale : Sierra-Leone. -bien répondu ! Dit Paganel, qui commençait à prendre son parti de cette géographie anglo-fantaisiste,
- Empire Britannique, Aden, géopolitique
Paul Vidal de La Blache, Principes de géographie humaine, (Paris : A. Colin, 1922, p.271)
pendant une longue période, les dominations se pourchassèrent pied à pied, car il semblait qu' il n' y eût le long des mers qu' un nombre limité de places à prendre : les îles des épices, les contrées à plantations, à métaux précieux. Les hollandais, du cap de Bonne-Espérance aux îles de la Sonde, se taillèrent un empire aux dépens du Portugal, tandis que, par les Antilles et la Guyane, ils amorçaient une domination des Indes occidentales ; et c' est avec l' appoint des dépouilles de la Hollande et de la France que la Grande-Bretagne édifia à son tour sa thalassocratie. à l' empire britannique était réservé de réaliser le premier type de puissance mondiale. Gibraltar, Malte, Aden, Singapoor, lui livrent les clés des compartiments maritimes qui se succèdent le long des masses continentales. Il embrasse, dans une immense envergure, l' Inde, l' Afrique orientale et l' Australie autour de l' océan Indien ; l' Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada, d' un bord à l' autre du Pacifique. Sillonnée par une marine marchande égale à toutes les autres réunies, la mer est le ruban qui relie ses possessions.
- Djibouti, Lac salé
Paul-Jean Toulet,. Les contrerimes (Paris : Emile-Paul, 1949, p35),
(26) COMME LES DIEUX
Comme les dieux gavant leur panse,
les prétendants aussi.
Télémaque en est tout ranci :
il pense à la dépense.
Neptune soupe à Djibouti
(près de la mer salée)
. Pénélope s' est en allée.
Tout le monde est parti.
-
e pericoloso ...
Dans Le Nil: Égypte et Nubie (Paris : Hachette, 1877, p. 284-5) Maxime Du Camp rapporte cette impression de voyage impertinente et savoureuse. Alors quil navigue sur la Mer Rouge, il note :
Des vagues de saphir bruissaient doucement sous le ciel sombre ; des goëlands voltigeaient autour de nous ; on sentait l'humide parfum salé de la mer. à l'aide de deux tire-veilles usées je grimpai à bord dune barque qui était en partance pour Djedda. Des ballots jetés pêle-mêle remplissaient l'intérieur que nul pont ne recouvre. La forme est encore celle des canges du Nil ; l'arrière est occupé par un large habitacle divisé en plusieurs chambres ; dans l'une d'elles des matelots bronzés et hâlés par-dessus la teinte noire de leur peau, coiffés dun étroit turban blanc, vêtus dune blouse bleue sanglée d'une solide ceinture en cuir, jouaient avec des cartes rondes représentant des lunes, des croissants, des sabres, des soleils et des étoiles ; des coquilles blanches servaient de jetons. On criait haut et lon se disputait fort. De longues antennes mobiles, semblables à celles des galères italiennes, peuvent facilement pivoter autour des mâts légèrement inclinés. Tout cela est primitif et cependant japerçois un gouvernail à roue, des poulies en bois de gayac, des rocambeaux à chapelet et des cabillots en cuivre.
De chaque côté de la barque, quatre planches clouées ensemble savancent au-dessus de leau comme un balcon toujours lavé par les vagues ; un petit tasseau les soutient en dessous ; un grand trou sarrondit au milieu. Je te laisse, cher Théophile, à deviner lusage de cette innommable construction. La vue seule en fait frémir ; un coup de mer un peu violent doit vite emporter ce léger échafaudage et celui que limpérieuse nature y conduit. Je regardais cette chose si simple et si terrible pourtant avec une sorte deffroi ; le patron de la barque sen aperçut et il se mit à rire en me disant : " ah ! Kaouadja, il fallait voir cela il y a deux ans ; je ramenais de Djedda cent trente pèlerins qui avaient le choléra. La mer était dure, le grand diable qui habite au détroit de Bab-El-Mandeb, que Dieu maudisse, soufflait mauvais vent de mon côté. Chaque jour je faisais raccommoder cette machine qui te fait ouvrir les yeux, et chaque jour elle sen allait dans les vagues, quelquefois toute seule, quelquefois avec un pèlerin. Quatorze sont partis comme cela ; les requins les ont mangés, sans doute ; leur jour était écrit, et ils sont bien heureux dêtre morts en revenant du saint pèlerinage. "
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De Londres à Bombay en passant par Steamer-point : le passage obligé
Dans le Tout du Monde en 80 jours, (Paris : Hetzel, 187?, p. 39), Jules Verne décrit la nécessaire relâche à Aden.
Cependant le paquebot s'avançait rapidement. Le 13, on eut connaissance de Moka, qui apparut dans sa ceinture de murailles ruinées, au-dessus desquelles se détachaient quelques dattiers verdoyants. Au loin, dans les montagnes, se développaient de vastes champs de caféiers. Passepartout fut ravi de contempler cette ville célèbre, et il trouva même qu'avec ses murs circulaires et un fort démantelé qui se dessinait comme une anse, elle ressemblait à une énorme demi-tasse. Pendant la nuit suivante, le Mongolia franchit le détroit de Bab-El-Mandeb, dont le nom arabe signifie la porte des larmes, et le lendemain, 14, il faisait escale à steamer-point, au nord-ouest de la rade d'Aden. C'est là qu'il devait se réapprovisionner de combustible. Grave et importante affaire que cette alimentation du foyer des paquebots à de telles distances des centres de production. Rien que pour la compagnie péninsulaire, c'est une dépense annuelle qui se chiffre par huit cent mille livres (20 millions de francs). Il a fallu, en effet, établir des dépôts en plusieurs ports, et, dans ces mers éloignées, le charbon revient à quatre-vingts francs la tonne. Le Mongolia avait encore seize cent cinquante milles à faire avant d' atteindre Bombay, et il devait rester quatre heures à Steamer-Point, afin de remplir ses soutes.
Même impression détape inévitable dans les Mémoires d'un suicidé de Maxime Du Camp (Paris : Librairie nouvelle, 1855, p.108)
Un bateau à vapeur mattendait, encombré danglais de la compagnie des Indes ; nous partions joyeusement au souffle du vent douest qui nous poussait à travers la mer Rouge et nous faisait franchir, sans trop de malheurs, le terrible détroit de Bab-El-Mandeb. à Aden, où jachetais de jolis moutons blancs et noirs, nous relâchions pour renouveler leau et le charbon. Nos roues clapoteuses tournaient de nouveau, battaient de leurs palmes bruyantes les flots de locéan indien, et nous reprenions notre route. On sarrêtait dabord quelques heures à Bombay, défendue par son énorme citadelle
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Bab el Mandeb comme figure de style
Le détroit, cest dabord une puissance dévocation, une sorte de lieux magique dont le nom imprime dans lesprit quelque chose de mystérieux, de dangereux et e respectable. Voyez cette incidente malicieuse chez Chateaubriand, dans louvrage le moins fait pour citer Bab el Mandeb, la Vie de Rancé (Paris : Garnier, 1861).
L'Apennin revit sur ses sommets ce voyageur qui n'écrivait ni ne faisait de journal. A Monte-Luco, parmi des bois d'yeuses, Rancé put apercevoir des ermitages blancs déjà habités de son temps, et où le comte Potoski s'est depuis caché. Rancé portait avec lui une chère remembrance, mais c'était la première fois qu'il voyageait : il n'avait pas été dix-sept ans, comme Camoëns, exilé au bout de la terre, ainsi que le raconte si bien M. Magnin ; il ne pouvait pas dire sur un vaisseau, en présence des rochers de Bab-el-Mandeb : " Madame, je demande de vos nouvelles aux vents qui viennent de la contrée que vous habitez, aux oiseaux qui vous ont vue. " Le souffle de la religion et la voix des anges ne laissaient arriver jusqu'à Rancé que des souvenirs expiatoires.
